Le traumatisme psychique: quand une blessure invisible laisse des traces…

Avez vous vu la nouvelle série Empathie (Canal+)?

Cette série québécoise nous plonge avec finesse dans l’univers de la psychiatrie. Ce qui m’a touchée, c’est sa manière de raconter la santé mentale autrement : avec humanité, humour et subtilité. Face à la « folie » apparente des patients, on apprend l’importance de la rencontre à l’autre, de la place de la temporalité et du regard clinique, qui permet d’observer et de comprendre avant d’évaluer.

Et si cette série est réellement percutante tout en restant réaliste, c’est par sa manière de mettre en lumière l’importance du traumatisme psychique dans de nombreux troubles. Car aujourd’hui, les recherches le confirment : un événement traumatique peut laisser des traces profondes dans le corps et dans l’esprit.

Qu’est-ce qu’un traumatisme psychique?

Un traumatisme psychique est une réaction émotionnelle persistant dans le temps, qui donne lieu à un ensemble de troubles psychiques, et qui se caractérise par un sentiment d’impuissance ressentie face à la situation traumatique.

Les expériences traumatisantes peuvent survenir à n’importe quel moment de la vie et être uniques (accident, agression, catastrophe) ou répétées (harcèlement, violence, maltraitance, perturbation de l’attachement…).

On parle de psychotraumatisme quand l’évènement menace l’intégrité de la vie physique ou psychique d’une personne, qui peut y être exposée en tant que victime, témoin ou comme acteur. Les troubles peuvent alors s’installer durant des mois, des années voire toute une vie en l’absence de prise en charge.

Compréhension des mécanismes neuro-biologiques

Réponse émotionnelle habituelle

Lors d’un danger soudain, le cerveau active habituellement ses systèmes d’alerte. L’amygdale, qui reconnait la situation de danger, déclenche une cascade de réactions hormonales (accélération du cœur, tension musculaire, hypervigilance) et comportementales (combat, fuite, figement). Cette réaction accompagnée d’un état de stress élevé permet de réagir face au danger avant même d’y avoir réfléchi.

Dans un second temps, l’hippocampe et le cortex préfrontal vont tenter d’analyser la situation, en intégrant les informations et en les comparant à des souvenirs d’expériences déjà existantes (ex: j’évite le serpent que je vois dans la forêt, avant de réaliser que c’est un bout de bois).

Réponse émotionnelle en cas de traumatisme

Mais en cas de traumatisme, ce mécanisme se bloque. L’amygdale s’active, et du fait de la sidération psychique, elle ne peut pas être atténuée. La réponse émotionnelle reste maximale et l’état de stress est extrême.

Face au risque vital pour l’organisme de survoltage, le circuit va disjoncter permettant ainsi « d’éteindre » l’amygdale. L’état de stress va donc s’apaiser, malgré la situation traumatique qui se poursuit. Le corps ne va plus ressentir de souffrance physique, psychique ni émotionnelle. Mais pour autant, le cortex préfrontal va continuer d’enregistrer les stimuli traumatiques, entrainant une sensation d’étrangeté, d’irréalité et de confusion : c’est ce qu’on appelle la dissociation.

Les souvenirs restent alors « figés », comme s’ils n’étaient pas intégrés au récit de vie. La personne peut alors présenter des troubles de la mémoire, pouvant aller jusqu’à l’amnésie traumatique totale.

Si ce sujet vous intéresse, vous pouvez aussi consulter ces articles :

https://www.memoiretraumatique.org/

https://www.psycom.org/sinformer/la-sante-mentale/les-troubles-psy/trouble-de-stress-post-traumatique/

Comment se manifeste le trauma ?

Un traumatisme peut avoir de nombreuses conséquences :

  • des symptômes anxieux (peurs, cauchemars, flashbacks) ou dépressifs
  • des difficultés à faire confiance ou à se sentir en sécurité,
  • des réactions émotionnelles intenses et une hypervigilance (sensation d’être « sur le qui-vive ») ou au contraire un « engourdissement » affectif,
  • des comportements d’évitement ou conduites à risque,
  • des troubles du comportement alimentaire, addictions
  • mais aussi des douleurs physiques, maladies chroniques, troubles du sommeil, migraines …

Chaque personne réagit à sa manière, et parfois, le lien avec l’événement traumatique n’apparaît que bien plus tard.

Quelles sont les thérapies proposées aujourd’hui ?

L’objectif principal de la prise en charge va être d’accompagner les victimes à mieux comprendre leur fonctionnement et les aider à sortir de leur isolement. Il est nécessaire de les soulager en les déculpabilisant et en les aidant à retrouver un espoir en l’avenir. En accompagnant la victime dans la reconstruction et la compréhension de l’évènement traumatique, la mémoire traumatique va ainsi pouvoir être réintégrée dans une mémoire autobiographique, permettant l’arrêt des conduites dissociatives et de retrouver un sentiment de cohérence et d’unité de soi.

La thérapie ICV (intégration du cycle de vie)

Moins connue que l’EMDR, l’ICV a été créée dans les années 2000 par Peggy Pace, psychothérapeute américaine, et tend à de plus en plus se développer en France et dans le monde.

Cette thérapie a pour principal objectif l’intégration par le corps et le cerveau de toutes sortes d’informations en lien avec l’évènement traumatique (émotions, souvenirs, sensations …) afin de procurer un apaisement corporel. C’est un moyen de transmettre à son cerveau que les choses vont bien désormais, et qu’on est en sécurité.

Par la visualisation et la répétition de sa liste de souvenirs lors des séances (la ligne du temps), une réorganisation neuronale va pouvoir s’effectuer. Le corps et le cerveau vont pouvoir assimiler que les évènements traumatisants sont désormais finis, et se sentir ainsi plus apaisé.

Pour aller plus loin :

La thérapie EMDR (Eye Movement Desensitization and Reprocessing)

Elle repose sur l’idée que les pensées, les sentiments et les comportements négatifs d’une personne découlent de souvenirs de l’évènement traumatisant que le cerveau n’a pas pu assimiler correctement.

L’EMDR consiste en une désensibilisation et retraitement par des stimulations bilatérales (mouvements oculaires, sons, tapotements), permettant ainsi au cerveau de retraiter les souvenirs traumatiques et les « ranger » dans une mémoire apaisée.

En invitant la personne à se concentrer sur les images, les pensées, les émotions et les sensations corporelles associées au traumatisme, le thérapeute va lui demander par exemple de suivre du regard ses doigts qu’il déplace de droite à gauche devant ses yeux, de façon répétitive. L’objectif est d’amener le cerveau à retraiter les souvenirs perturbants, de manière à ce qu’ils perdre de leur intensité et enfin pouvoir les mettre à distance.

En complément …

Lorsque les troubles sont trop envahissants et que la thérapie s’avère insuffisante, un traitement médicamenteux peut-être proposé.

En association avec un traitement thérapeutique, d’autres solutions peuvent être proposées, comme la thérapie des schémas, la relaxation, la cohérence cardiaque ou encore les activités créatrices (dessin, danse, théâtre, etc.) qui sont un bon moyen d’expression des émotions.

Pour conclure

Mettre des mots sur l’indicible est souvent la première étape. Parler du trauma, c’est reprendre la main sur un vécu qui échappait jusque-là. Dans le cadre d’une relation thérapeutique sécurisante, la parole permet de relier les émotions, les sensations et les souvenirs, et de retrouver progressivement un sentiment de continuité et d’apaisement.

Le traumatisme psychique n’est pas une fatalité. Même si la blessure est réelle, il est possible de la soigner. En comprenant mieux les mécanismes du trauma et en ayant recours à des accompagnements adaptés, chacun peut retrouver un chemin vers la sécurité intérieure et la reconstruction.


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